La Bio, c’est quoi ?

Née de différents courants de pensée, l’agriculture biologique apparaît en Europe entre les deux guerres mondiales.
Elle est portée par des agronomes, des médecins, des  agriculteurs ou des consommateurs qui réagissent contre l’industrialisation et le matérialisme qui gagne progressivement l’agriculture.
Elle repose sur la préservation du sol, l’observation et le respect des équilibres naturels afin de pouvoir produire des aliments de qualité et préserver l’autonomie que les paysans vont perdre peu à peu.

Ainsi au lendemain de la première guerre mondiale, l’agriculture moderne va prendre son envol. Dans les campagnes les machines vont bientôt remplacer les animaux, et les hommes être appelés par l’industrie et les villes.
Les engrais chimiques de synthèse et l’industrie de nitrates ont de nouveaux débouchés. Ceux là même qui ont servi à la fabrication des explosifs durant quatre années de guerre.
Plein de promesses pour un monde agricole grâce à des produits faciles d’emploi et pour augmenter les rendements. Ils augurent la spécialisation des exploitations tantôt en culture tantôt en élevage dans une intensification à l’excès.

Dans le même temps, marqué par la pensée de Goethe, l’Autrichien Rudolf Steiner (mort en 1925) s’inquiète de cette industrialisation naissante de l’agriculture et prévoit une dégénérescence des aliments avant la fin du XXe siècle.
Il élabore une doctrine : l’Anthroposophie, sagesse de l’homme, et pose les vraies cibles d’une agriculture qui réconcilie l’homme et la nature.

En Allemagne, son collaborateur Pfeiffer (mort en 1961) développe et étudie l’influence des forces cosmiques et telluriques sur les végétaux et les animaux. Ainsi nait la Biodynamie, l’un des trois courants ayant présidé à la naissance de l’agriculture biologique.

Très implanté dans les pays du nord de l’Europe et aux Etats-Unis la Biodynamie accorde une importance particulière au compostage, à l’usage de préparations végétales et minérales stimulantes, à la prise en compte des forces telluriques.
Le domaine agricole est alors considéré comme un organisme vivant dans lequel l’homme a sa place et son évolution est liée à celle de la nature.
Les productions de dynamiques sont certifiés bio, on les identifie aujourd’hui par le label Demeter.
En 1940 l’agronome anglais Albert Howard publie des théories sur la fertilité du sol, l’importance de l’humus et l’usage d’engrais obtenus à partir de matières organiques renouvelables compostées. Lui aussi remet en cause l’utilisation des engrais minéraux chimiques.

Au cours de son évolution, quel que soit les courants qui la portent, l’agriculture biologique devient pour le paysan un moyen de se réapproprier et de réinventer son métier, de conserver une autonomie face à la domination d’une pensée agricole « moderne » unique, un standard industriel de plus en plus puissant.
La démarche du consommateur en ce qui concerne son alimentation est  similaire : manger bio est une façon de reprendre la maîtrise de son assiette.

 

Qu’est-ce que l’agriculture raisonnée ?

L’agriculture raisonnée n’a rien à voir avec l’agriculture biologique. Elle est apparue dans les années 90 à l’initiative du « forum de l’agriculture raisonnée et respectueuse de l’environnement », association composée de représentants des industries phytosanitaires, de fabricants de pesticides agroalimentaires et de coopératives de syndicats agricoles. Elle n’ambitionne pas de supprimer des produits chimiques mais seulement d’en limiter les excès. Les mesures préconisées par son référentiel ne sont pas contraignantes tout comme les modalités de son non-respect.

En France, c’est dans les années 50 que l’agriculture biologique commence en histoire de façon confidentielle pendant un certain nombre d’années, avec des des agriculteurs et des agronomes qui pressentent les limites de l’agriculture chimique qui s’éloigne des principes de la nature.
Ils sont rejoints par les consommateurs et médecins inquiets de l’apparition de maladies nouvelles et de l’augmentation du nombre de cancers qu’ils imputent à l’industrialisation des aliments.

À partir des années 60, deux courants Bio se dessinent, l’un représenté par les agriculteurs appliquant les prescriptions de l’agronome Jean Boucher et du sélectionneur de céréales Raoul Lemaire, celui-ci ayant travaillé auparavant sur l’amélioration du blé et du pain.

L’autre branche historique de la Bio est celle de l’association Nature & Progrès fondée en 1964 dont les adhérents se veulent indépendants. Elle milite pour l’agrobiologie et ses produits auprès des consommateurs et des agriculteurs.
Avec ses réseaux dans toute la France, cette association est à l’origine du salon parisien Marjolaine. Elle s’impose comme un outil de développement de la bio et c’est elle qui proposera le premier cahier des charges.

Dans les années 70, paysans transformateurs et militants s’organisent. Les syndicats professionnels comme la FNAB ou le GRAAB voient le jour.
Tenue par des écolos soucieux de leur alimentation, les premières coopératives de consommation à l’origine des magasins Biocoop se développent en partenariat avec des agriculteurs pour pallier au déficit et au coût des produits distribués jusqu’alors par des boutiques de produits naturels et diététiques.
En parallèle les producteurs montent des structures de vente destinées à l’expédition régionale qui fusionneront et deviendront par la suite des plates-formes d’approvisionnement des magasins Biocoop.

Les impacts positifs de l’agriculture bio sur l’eau, le sol, la biodiversité et les paysages sont largement admis aujourd’hui en Europe et dans le monde à travers diverses études.
Parmi les études de grande envergure, on peut citer les conclusions de plus de 20 années d’observation sur parcelles expérimentales qui ont été publiées en 2005 par l’université Cornell :

  • Les taux de matières organiques sont plus élevés dans les sols cultivés en bio, ce qui leur permet de conserver leur humidité même pendant les années de sécheresse.
  • Les systèmes bio utilisent 30% d’énergie fossile en moins que le système conventionnel.
  • Les rotations de culture et la couverture des sols pratiquées en bio permettent de réduire l’érosion des sols, les problèmes de nuisibles et la consommation de pesticides.
  • Le recyclage des fumiers réduit la pollution et les déchets.
  • L’abondante biomasse générée par la bio favorise la biodiversité, la pollinisation des insectes et le contrôle des ravageurs.

 

Le prix de la bio

Rappelons au préalable que l’hygiène de vie qui accompagne l’alimentation bio repose sur un régime peu carné, accordant une large place aux sources de protéines végétales, à travers notamment l’association de céréales et de légumineuses, de fruits, de légumes frais, et de produits bruts moins coûteux que les produits carnés ou transformés.
Difficile par ailleurs de comparer les prix sans penser à l’impact des techniques de la production agricole industrielle et à ses conséquences économiques, sociales, sanitaires, écologiques ; car il faut prendre en compte les avantages collectifs des pratiques de l’Agrobiologie.

Pour exemple l’eau : en France selon les études de l’institut des statistiques environnementales, les pesticides sont présents dans les deux tiers des réseaux contrôlés, ce qui entraîne une conséquence financière induite : le traitement de l’eau potable, les marées vertes, la consommation d’eau en bouteille, etc.
Sur le plan de la santé publique on sait désormais que les agriculteurs conventionnels sont les premières victimes des pesticides.
Par ailleurs les études révèlent la présence de molécules chimiques issues de produits phytosanitaires dans notre alimentation et leurs effets sur la santé sont de plus en plus nombreux.

Ainsi les prix des produits de l’agriculture conventionnelle ne sont pas le reflet de leur coût pour le consommateur car tout cela n’est pas pris en compte.

L’augmentation du marché bio devrait entraîner la baisse de certains coûts comme la fabrication, la logistique la distribution.
La distribution est encore trop limitée, la production est dispersée sur tout le territoire, les frais de transport et logistique sont plus élevés et les agriculteurs sont jusqu’à présent moins subventionnés en bio que les conventionnels, comparés à nos voisins européens.
Pendant toutes ces années d’effort dans un environnement sceptique, voire hostile, sans soutien des pouvoirs publics, la planète bio française s’active pour sortir de la marginalité. Les pratiques s’améliorent.

C’est en juillet 1980 que l’État français reconnaît enfin l’agriculture biologique en tant que mode de production. Une commission nationale est crée pour travailler sur les cahiers des charges et en 1983 un logo national AB voit le jour.

En 1986 le premier cahier des charges national régissant les productions végétales Bio est homologué. Il faudra attendre jusqu’en 1997 pour qu’apparaisse un plan national de développement. A cette époque la Bio représente moins de 0,6% de la surface agricole utile en France. Le plan du ministre de l’agriculture Louis le Painsec ambitionne d’atteindre 25.000 exploitations bio à l’horizon 2005, soit 5% des agriculteurs. Mais les pouvoirs publics n’ont pas suffisamment soutenu ce projet malgré la demande croissante des consommateurs.

On compte aujourd’hui 2% du total des agriculteurs en Bio et 2% de la surface agricole utile.
Reste que l’agriculture bio est actuellement considérée comme l’un des fers de lance du système agricole durable le plus abouti.
De nombreuses études comparatives sur les pratiques agricoles confirment aujourd’hui le positif de la bio sur les sols, les paysages et l’eau. Toutes les productions biologiques sont aujourd’hui cadrées par un règlement européen avec la possibilité pour les états membres de décliner des textes nationaux.

 

Pesticides état des lieux

Également appelés produits phytosanitaires, ce sont des formulations destinées à détruire certaines espèces au profit d’autres. Insecticides contre les insectes indésirables, herbicides contre les mauvaises herbes, fongicides contre les champignons, etc. Autant de biocides qui tuent la vie conformément à leur étymologie.

La France est le premier pays européen consommateur de pesticides et le troisième mondial

Leur utilisation depuis des décennies n’est pas sans conséquence.
Leur usage n’a pas été réduit ces 20 dernières années bien que d’autres pays européens y soient parvenus : le Danemark à diminué de 40% leur utilisation entre 1987 et 1997 grâce à une politique volontariste.
Les systèmes de production intensive (la monoculture) crée des conditions favorables au développement des mauvaises herbes, des maladies fongiques, des ravageurs.

L’emploi répété de ces mêmes substances sur de grandes surfaces, conduit rapidement à des phénomènes de résistance de la part des agresseurs, entraînant une surenchère de traitement et rendant le produit inefficace (comme les antibiotiques en médecine).
Le conseil des produits phytosanitaires est assuré par les mêmes sociétés qui les vendent, ce qui ne favorise pas le développement d’alternatives comme la bio !

Sur le plan environnemental et sanitaires les pesticides posent des problèmes plus grave encore, car ils sont aujourd’hui présents partout : dans l’eau, dans l’air et même dans le sang et les tissus adipeux des adultes comme des enfants, ainsi que dans le lait maternel. Avant même la naissance, le fœtus est contaminé par les pesticides.
Les culture maraîchères, l’arboriculture fruitière et la vigne, ainsi que les céréales figurent parmi les plus traités. Dans plus de la moitié des fruits et légumes consommés, les limites maximales résiduelles admissibles sont largement dépassées.

Les études mettent régulièrement en lumière les effets toxiques de certaines molécules et de plus en plus de scientifiques dénoncent les répercussions à long terme de cette pollution invisible : baisse de fertilité masculine, malformations à la naissance, augmentation du nombre de certains cancers, perturbations de l’équilibre hormonal, diminution des défenses immunitaires.

En 2004 l’éminent cancérologue Dominique Belpomme, soutenu par deux prix Nobel et une kyrielle de scientifiques et de personnalités, a lancé l’Appel de Paris pour alerter l’opinion publique et des décideurs sur l’urgence de la situation : 150.000 signatures ont été recueillies. Mais en 12 ans pas grand-chose n’a changé…

Différentes études scientifiques et notamment le rapport de l’AFSSA (agence française de sécurité sanitaire) de 2003 ont mis en évidence la teneur élevée des produits bio en matière sèche, en minéraux, en vitamines.
Elles montrent également que les filières biologiques permettent de limiter au maximum les sources de contamination des aliments ainsi que les auxiliaires technologiques aux effets nocifs encore mal connus.

 

La bio dans le monde

Depuis plusieurs années l’Italie est au premier rang de la surface en bio avec 16% de la surface agricole bio européenne totale.
L’Autriche détient le maximum de surface agricole en bio en Europe avec plus de 13% de sa surface agricole nationale. En deuxième place la Finlande, suivie de la Suède et de l’Italie.
La France arrive loin derrière, au 18e rang, avec seulement 2% de surface agricole bio !

Les évolutions de la Bio dans les pays de l’union diffèrent selon l’engagement de chaque État membre et sont liés aux aides apportées au niveau national ou régional. Les aides à la conversion existant en France depuis 1992 sont versées pendant 5 ans pour une période de conversion de trois ans selon les productions. Un certain nombre de pays accordent cette aide de façon permanente aux producteurs, ce que les bio français réclament depuis longtemps.

Présente partout à travers le monde, la bio bénéficie du soutien de plus en plus de gouvernements et enregistre un fort développement en Chine. La plupart des terres bio de la planète se répartissent ainsi : L’Australie et l’Océanie, l’Europe, l’Amérique latine, l’Asie, l’Amérique du Nord, l’Afrique.
Dans les pays pauvres, la Bio apparaît comme une opportunité parce que étant moins coûteuse en matériel et produits sophistiqués, elle est plus adapté aux ressources et au savoir faire locaux.

Les fermes bio : Elles emploient en moyenne 20 à 30% de main-d’œuvre supplémentaire comparé à leur équivalent en culture conventionnelle. Il faut une semaine pour biner 1 Ha de culture délicate à la main contre une demi-heure avec un pulvérisateur herbicide.

Ces emplois supplémentaires bénéficient à l’ensemble de la société, en particulier aux territoires ruraux et pas seulement dans les zones d’accès facile. Dans les régions de moyenne montagne par exemple, l’agriculture bio est particulièrement adaptée.

Les procédés de transformation : Les modes de transformation en bio reposent sur des procédés physiques et mécaniques. Respectueux de la matière première ils préservent au maximum le goût et les qualités nutritionnelles naturellement présents dans l’aliment (vitamines, minéraux, etc.).
Voilà pourquoi les aliments transformés en bio affichent des saveurs marquées et ne cherchent pas à tromper les sens. Les auxiliaires autorisés sont des composants naturels.
Les procédés de conservation sont naturels : la pasteurisation, la stérilisation.

L’irradiation est interdite de même que les conservateurs chimiques comme les nitrites qui ont tendance à se transformer en nitrosamines cancérigènes, ou les exhausteurs de goût chimiques nomme le glutamate de sodium. Pour conserver, on peut aussi utiliser la vitamine C ou E, les antioxydants et pour relever le goût, des épices, du sel non raffiné.

Les agents de texture chimiques sont proscrits. À la place on peut utiliser des substances naturelles comme la gomme arabique.
Pas d’arôme ou de colorant artificiels qui peuvent être cancérigènes (tartrazine, érythrocytes). Seuls des parfums naturels ou bio, des pigments naturels, comme dans la betterave rouge par exemple, sont autorisés. Les édulcorants artificiels n’ont pas cours.

 

Un contrôle exemplaire

Précurseur en la matière, les bio ont depuis longtemps mis en place une procédure de contrôle particulièrement rigoureuse et unique dans le monde agroalimentaire.
Dans le cas d’une ferme jusqu’alors conventionnelle, une phase de transition déclarée à l’organisme de contrôle est obligatoire. La période de conversion est de 2 ans pour les cultures annuelles comme le maraîchage, les céréales et les prés. Ce n’est qu’à la fin de la deuxième année que l’agriculteur peut utiliser l’appellation « produit issu de l’agriculture biologique » pour la vendre. Elle est de 3 ans pour les cultures pérennes comme les arbres fruitiers et la vigne.

En plus du contrôle annuel, 50% des producteurs et des transformateurs reçoivent une visite surprise à la charge du producteur. Les bio doivent payer pour prouver qu’ils ne polluent pas !

Les contrôleurs sont eux-mêmes soumis à des obligations et doivent être agréés par les pouvoirs publics.

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